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| SOS - enfant en "chute libre", je ne sais pas comment faire [message n° 196093] |
lun. 08 janvier 2007 21:15  |
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anoster |  | | messages : 1963
Inscrit(e) : avril 2006 Situation géographique : Isère Métier : CM1/CM2 | |
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Je vous expose rapidement le contexte car il a son importance.
J'ai cette année une classe particulièrement difficile :
- une moitié très bons élèves mais soit effacés, soit méprisants et moqueurs, bruyants (ils ont pu par exemple dire à un élève dyspraxique qu'il faisait semblant de mal écrire parce qu'il est paresseux, alors qu'ils le connaissent depuis longtemps !).
- une moitié en moyenne et grande difficulté, également soit effacés, soit bruyants.
Dans cette classe une élève nouvellement arrivée, dans une situation familiale particulière (mère seule en rupture récente et qui déprime dans cette nouvelle ville), a du mal à s'intégrer, elle est au centre de beaucoup d'histoires qu'elle a "crées", s'énerve très vite même dans la classe, n'arrive pas à se concentrer sur son travail car les "autres" la dérangent (alors qu'ils n'ont souvent rien fait). Je crains qu'elle n'ait vraiment des problèmes relationnels et soit en difficulté à vivre avec d'autres.
Après discussion avec sa mère qui avait demandé son redoublement depuis le CP que les enseignants ont refusé, il apparaît qu'elle ne peut pas l'aider à la maison (relation très conflictuelle autour du travail ou cette enfant est souvent seule à s'occuper de sa soeur, sa mère absente).
Aux dernières évaluations c'est catastrophique (très peu de compétences acquises malgré l'aide apportée). Ce qui est étonnant c'est que si je la prends seule, elle comprend très vite ce que je lui explique, mais en groupe (même 2) ou encore pire en collectif, elle est trop occupée par des conflits qui dégénèrent très vite. Mais évidemment, je ne peux pas lui consacrer énormément de temps seule dans le contexte (27 élèves, 13 en difficulté, 1 autiste, 1 dyspraxique, 2 dyslexiques).
Là où j'aurai besoin de votre aide c'est parce qu'avant de voir la mère je souhaiterais monter un PPRE, pour formaliser un peu les choses mais je ne sais que lui proposer car je ne souligne pas une difficulté mais plutôt comme je vous expliquais l'"absence" pendant les 3/4 des horaires scolaires + pas de suivi possible à la maison (aucune poésie, aucune leçon apprise).
Alors je ne sais pas comment le rédiger, je voudrais que ce soit un repère pour sa famille et elle, la motiver, lui donner des objectifs simples et la mettre en réussite. Je ne sais cependant pas si je dois intégrer :
- le travail à la maison (ce qui doit être fait et comment)
- "se concentrer" : c'est difficile puisqu'elle n'arrive vraiment pas à se contrôler / dès qu'il faut se mettre au travail il semble qu'elle trouve un conflit à créer pour avoir une raison d'échouer (comme tout à l'heure, elle envoyait des mots à une autre élève pour lui dire de ne pas être amie avec sa voisine, comme elle se faisait rabrouer gentiment, du type : / non, je ne le ferai pas c'est ma copine / elle a refusé de faire le travail sur les fractions parce qu'elle était "agressée" puis elle est venue me voir ensuite en me disant : je n'ai rien compris. C'est typiquement ce qui se passe dès qu'elle rencontre un exercice auquel elle n'arrive pas tout de suite - ce que je veux dire par là cela a l'air d'être plus un évitement qu'un échec suite à une réflexion).
D'autre part, je ne sais comment réagir face à la demande de redoublement de la mère. Maintenant il est vrai qu'avec cette attitude, elle n'acquiert que peu de choses, surtout qu'il semble qu'elle n'est plus du tout motivée (c'est la première fois que je n'arrive pas à raccrocher un élève, elle refuse tout en bloc). Mais je suis loin d'être sûre qu'un redoublement soit efficace dans ce cas.
C'est une présentation un peu longue mais je souhaitais vous l'expliquer le plus précisément possible. J'ai évidemment contacté la psychologue scolaire qui ne pourra pas la prendre avant ..., il faut donc pendant ce temps que je tente quelque chose, mais je ne sais plus trop quoi. Le PPRE c'est plus pour poser les choses et leur donner un repère en impliquant la famille et l'enfant (on a l'impression que pour sa mère le redoublement sera la solution qui lui permettra de réussir, moi je doute, il faudrait d'abord qu'elle pense qu'elle est capable d'apprendre afin de fournir l'effort nécessaire, j'ai l'impression qu'elle abandonne avant la bataille, si je peux dire ainsi et je ne sais plus comment lui donner l'envie d'apprendre).
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| Re: SOS - enfant en "chute libre", je ne sais pas comment faire [message n° 196106 est une réponse au message n° 196093] |
lun. 08 janvier 2007 21:30   |
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aurore |  | | messages : 1791
Inscrit(e) : août 2004 Métier : Enseignement spécialisé | |
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Tu ne peux pas résoudre le problème seule, même avec le plus beau PPRE du monde.
Il faut tirer les sonnettes d'alarmes. Cette enfant a manifestement un problème psychologique. Vu que la psy scolaire semble débordée, moi à ta place je conseillerais à la maman de faire des démarches pour que la petite soit suivie par la guidance. Je dis guidance (= CMP), et non CMPP, car la guidance comme son nom l'indique, en plus d'assurer un suivi psy pour les gosses, guide les parents. Et cette maman semble avoir aussi besoin d'être guidée. Si la guidance n'est pas possible, voir si un suivi en CMPP ou en libéral serait possible.
Pour ce qui est de ce que tu peux demander à ton élève au niveau de la concentration, j'ai besoin de précisions: est-ce que, d'après toi:
-elle ne travaille pas parce que ses "histoires" avec les autres l'envahissent trop
ou
-elle crée ces "histoires" (insconsciemment) pour ne pas avoir à travailler, pour éviter de réfléchir et d'apprendre (voir dans ce cas le livre de Serge Boimare: "L'enfant et la peur d'apprendre")??
enseignante doublement spécialisée (option C et D)
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| Re: SOS - enfant en "chute libre", je ne sais pas comment faire [message n° 196134 est une réponse au message n° 196093] |
lun. 08 janvier 2007 22:00   |
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| bab0611 | |
| messages : 2993
Inscrit(e) : décembre 2004 Métier : ER | |
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je ne suis pas du tout une pro de la chose, mais pitèt qu'elle est justement surdouée (enfin, précoce, ou comme tu veux...) cette gamine !!!
tu dis qu'elle comprend très vite... et qu'elle rejette les autres (mais peut-être que c'est par peur d'être elle-même rejetée...) on entend souvent ça des enfants "trop forts"...
maintenant, comme je te dis, c'est un truc qui m'est venu comme ça en te lisant, mais je suis pitèt complètement à côté de la plaque...
mon blog :
http://enseignant-ados-autistes.over-blog.com
J'ai jamais oublié l'odeur des endroits où j'irai.Rapporter un message au modérateur
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| Re: SOS - enfant en "chute libre", je ne sais pas comment faire [message n° 196150 est une réponse au message n° 196127] |
lun. 08 janvier 2007 22:21   |
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aurore |  | | messages : 1791
Inscrit(e) : août 2004 Métier : Enseignement spécialisé | |
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| anoster a écrit le lun, 08 janvier 2007 21:53 | Je ne savais pas que la guidance des parents existait, je pense que ce serait une solution mais ils ont des difficultés financières. La mère a conscience de ses difficultés car elle m'avait parlé de psy mais elle n'a toujours pas fait la démarche depuis septembre. Pour l'instant je dois gérer seule.
Je penche plutôt pour la deuxième solution Aurore. La peur qu'elle rencontre face à la difficulté à laquelle elle ne s'est pas encore confrontée crée cette étonnante réaction de protection. Il m'a fallu du temps pour le comprendre. J'irai voir le livre.
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Les difficultés financières ne sont pas un problème pour la guidance, car c'est remboursé par la sécurité sociale automatiquement (en fait elle n'aura même pas à avancer d'argent). Essaie vraiment d'insister auprès de la mère pour qu'elle fasse les démarches (enfin si la guidance existe dans ton département, ça s'appelle aussi parfois CMP: centre médico-psychologique), car je pense que ce serait vraiment la solution (aide auprès de la gamine: suivi psy très régulier + rencontres avec la famille).
Si c'est la deuxième solution, je peux te faire un résumé (à la hache) du livre: la thèse de l'auteur est qu'il faut passer par l'étude de contes ou mythes très porteurs d'angoisse profonde (les contes racontent souvent des crimes, des incestes...Bref des choses angoissantes), pour que l'enfant puisse libérer ses propres angoisses à travers ces contes (en les dessinant, en en parlant, mais aussi en travaillant dessus en français, maths...). Bon ça fait très "psy" à lire comme ça, mais en classe en fait c'est faisable: il suffit de leur faire un projet sur les contes traditionnels par exemple.
L'auteur (instit), dit qu'il a mis ça en place avec des gamins qui refusaient d'apprendre et que finalement ça les a débloqué, car en fait faire des exercices "bêtes et méchants" les stressait plus que de parler de contes dans lesquels il y a des choses horribles. Bon je ne sais pas vraiment si ça marche car moi j'ai à peine commencé à le mettre en place, mais bon, on sait jamais...
enseignante doublement spécialisée (option C et D)
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| Re: SOS - enfant en "chute libre", je ne sais pas comment faire [message n° 196199 est une réponse au message n° 196166] |
mar. 09 janvier 2007 12:05   |
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aurore |  | | messages : 1791
Inscrit(e) : août 2004 Métier : Enseignement spécialisé | |
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Je ne t'ai même pas répondu à ta question si tu dois lui demander de faire des efforts au niveau de la concentration ou pas. En fait cela semble difficile de lui demander ça, mais à ta place j'en discuterais avec elle, pour voir ce qu'elle en pense. Je lui proposerai (mais en lui laissant le choix) de la mettre à une place seule et un peu isolée (en précisant bien que ce n'est pas une punition, mais au contraire pour l'aider à se concentrer). Ou bien peut-être la mettre à côté de ton élève autiste, ça limite les conflits (mine de rien), et en plus elle pourrait peut-être l'aider, et donc être valorisée, non?
J'ai un élève qui a peur d'apprendre et qui s'invente aussi tout un tas de prétextes pour ne pas se mettre au travail. J'ai passé une sorte de contrat avec lui: quand il sent que quelque chose le stresse, le dérange, l'angoisse, il a le droit d'arrêter de travailler 5 minutes pour dessiner ou écrire son angoisse et ainsi s'en libérer. Puis il doit se remettre au travail rapidement et efficacement. Ca marche à peu près. Bien que je lui ait dit que ce qu'il dessine ou écrit lui est personnel, il tient à chaque fois à me montrer ce qu'il a écrit ou dessiné (ca parait souvent très futile, genre je me suis levé trop tôt ce matin ou mon stylo ne veut pas marcher correctement, mais ça lui permet de se poser un peu).
enseignante doublement spécialisée (option C et D)
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| Re: SOS - enfant en "chute libre", je ne sais pas comment faire [message n° 196206 est une réponse au message n° 196199] |
mar. 09 janvier 2007 15:24   |
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enviedespoir | |
| messages : 843
Inscrit(e) : septembre 2004 Situation géographique : Paris, Dijon Métier : Formatrice en pédagogie de l'écriture et en rééducation de l'écriture | |
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Pas eu le temps de tout lire, donc si mes remarques ont déjà été faites mes excuses à celle ou celui qui l'a fait et à ceux qui liront deux fois :
1 - Il semble que tu trouves que cette enfant a les capacités de suivre : te semble-t-il, à toi, nécessaire qu'elle redouble ?
La situation d'échec dans laquelle elle se met n'a-t-elle pas un lien avec le désir de la mère de la voir redoubler ? (Attention je ne dis pas que la mère souhaite le redoublement par mauvaise intention).
2 - Les relations conflictuelles qu'elle instaure ne seraient-elles pas une façon pour elle d'une part de faire revivre le rejet qu'a impliqué la rupture ? d'autre part d'établir une relation d'exclusivité avec toi ou avec un élève du groupe qui prendra sa défense ?
3 - Le fait que la mère soit très absente fait sans doute aussi partie, à mon avis, de cette installation dans une problématique de rejet.
A mon avis, pour cette enfant le problème ne "se situe" pas à l'école (même si c'est là qu'il s'exprime). Il est vraiment familial.
Je ne crois pas que cette enfant ait "peur d'apprendre" et je crains fort que tous les efforts pédagogiques ne servent à rien. C'est le problème psychologique créé par sa situation familiale qu'il faut l'aider à surmonter.
Ceci dit, je n'ai pas de solution, sinon la prise en charge par un excellent psychologue (car là aussi il peut y avoir des dégats )
Il me semble que la traiter exactement comme tous les autres, en n'oubliant pas de la valoriser dans ses comportements relationnels, pourrait l'aider à réaliser qu'elle n'est pas "à part".
(Cela me rappelle une personne qui a raté complètement sa scolarité exclusivement à cause de son vécu familial et qui, à près de 40 ans, lorsque des évenements ont dénoué la situation, vient de passer un BTS, c'est à dire est passée directement d'un niveau officiel classe de 3ème - niveau des résultats scolaires classe de 5ème - à un niveau bac + 2 sans rattrapage intermédiaire.)
D. Dumont http://legestedecriture.fr Attention aux contrefaçons.
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| Re: SOS - enfant en "chute libre", je ne sais pas comment faire [message n° 197354 est une réponse au message n° 196093] |
sam. 13 janvier 2007 00:44  |
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anoster |  | | messages : 1963
Inscrit(e) : avril 2006 Situation géographique : Isère Métier : CM1/CM2 | |
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Je vous remercie pour toutes vos réponses.
Là ce soir je suis un peu énervée.
La psy scolaire n'a pas le temps de la prendre, comme elle risque de partir en juin, pas de bilan (pour savoir si ce qui bloque c'est les difficultés d'apprentissage ou les difficultés psy). J'ai vu la mère bien en perdition, elle a aussi besoin d'aide, pendant l'entretien je ne sais qui pleurait le plus d'elle ou de sa fille. J'ai donc proposé la veille éducative, qui permet à la mairie d'apporter de l'aide à cette famille. Or le rased m'a dit qu'on ne pouvait proposer cela tant que cela n'a pas été décidé par eux (c'est à dire que l'enfant soit vue par eux ou la psy scolaire). Je hais l'administration. Le temps que tout puisse se faire, ce sera la fin de l'année. Retour à la case départ. En tous cas en suivant vos conseils, la mère va quand même contacter le CMP, j'espère.
Ce n'est pas un coup de rage contre le rased ou la psy scolaire, je sais combien leur emploi du temps est surchargé. Mais plutôt contre les bâtons administratifs : on n'a pas le temps de s'occuper de cet enfant, de sa famille, mais l'éducation nationale ne le reconnaît pas officiellement (on ne doit pas faire appel à d'autres instances).
Bon, plus que le PPRE pour essayer au moins de la mettre en réussite. De toutes façons le temps que tout le reste se mette en marche (alors que j'en parle depuis deux mois) elle sera repartie. Une année de perdue.
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