Accueil » L'école au quotidien » Cycle 3 » Aimé Césaire
| Aimé Césaire [message n° 342356] |
jeu. 17 avril 2008 22:15  |
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icet | |
| messages : 20
Inscrit(e) : août 2005 Situation géographique : Marne Métier : Prof des écoles : cm2 | |
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Salut à tous,
Suite à la disparition d'Aimé Césaire, je souhaite étudier un de ses poèmes avec mes CM2 d'autant que j'attaque la colonisation en histoire... En connaissez-vous un qui soit abordable?
Merci d'avance !
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| Re: Aimé Césaire [message n° 342480 est une réponse au message n° 342356] |
ven. 18 avril 2008 13:36   |
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midolu |  | | messages : 2019
Inscrit(e) : août 2006 | |
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Aimé Césaire, je l'ai connu d'abord au travers de sa vie politique et parallèlement comme poète ... Je suis d'une génération où il était plus reconnu aussi peut-être ... La poésie est un art, une littérature parfois difficile, qui ne se laisse pas découvrir "facilement" ... Alain Borne, Bernard Dimey, et tant d'autres, j'avoue que je ne les ai approchés que depuis bien peu de temps compte tenu de mon âge ! Je peux aussi confesser que je connais parfois les noms des poètes, mais quant à leurs oeuvres ... !
Mais je dois dire aussi que l'oeuvre de poète d'Aimé Césaire n'a pas été "médiatisée" et que ce n'est pas un poète que l'on nous apprend à connaître à l'école, à l'IUFM, ... Je comprends que certains (surtout parmi les plus jeunes) ne le connaissent pas, alors même si c'est une occasion bien triste ...
Peut-être aussi son oeuvre est-elle un peu difficile pour des élèves de primaire ?
un jour pourtant, un jour viendra couleur d'orange ...Rapporter un message au modérateur
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| Re: Aimé Césaire [message n° 343211 est une réponse au message n° 342356] |
mar. 22 avril 2008 00:20   |
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michele | |
| messages : 1132
Inscrit(e) : juillet 2004 Situation géographique : Rhône Alpes Métier : PE radiée des cadres | |
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On l'a peut-être oublié, le copain d'Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, un grand bonhomme lui aussi; tous deux sont à l'origine du concept de négritude.
Senghor a été le 1er Africain agrégé de grammaire.
Alors, un poème de lui, accessible même aux plus jeunes :
Poème à mon frère blanc
Cher frère blanc,
Quand je suis né, j'étais noir,
Quand j'ai grandi, j'étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.
Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.
Alors, de nous deux,
Qui est l'homme de couleur ?
Michèle
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| Re: Aimé Césaire [message n° 343212 est une réponse au message n° 342356] |
mar. 22 avril 2008 00:34  |
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michele | |
| messages : 1132
Inscrit(e) : juillet 2004 Situation géographique : Rhône Alpes Métier : PE radiée des cadres | |
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| icet a écrit le jeu, 17 avril 2008 22:15 | Salut à tous,
Suite à la disparition d'Aimé Césaire, je souhaite étudier un de ses poèmes avec mes CM2 d'autant que j'attaque la colonisation en histoire... En connaissez-vous un qui soit abordable?
Merci d'avance !
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Ce n'est pas un poème, mais un extrait du discours sur le colonialisme d'Aimé Césaire, en 1950.
"Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viêt-nam une tête coupée et un ½il crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. [...]
J’ai relevé dans l’histoire des expéditions coloniales quelques traits que j’ai cités ailleurs tout à loisir.
Cela n’a pas eu l’heur de plaire à tout le monde. Il paraît que c’est tirer de vieux squelettes du placard. Voire !
Était-il inutile de citer le colonel de Montagnac, un des conquérants de l’Algérie :
"Pour chasser les idées qui m’assiègent quelquefois, je fais couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien des têtes d’hommes".
Convenait-il de refuser la parole au comte d’Herisson :
"Il est vrai que nous rapportons un plein barils d’oreilles récoltées, paire à paire, sur les prisonniers, amis ou ennemis".
Fallait-il refuser à Saint-Arnaud le droit de faire sa profession de foi barbare :
"On ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les arbres".
Fallait-il empêcher le maréchal Bugeaud de systématiser tout cela dans une théorie audacieuse et de se revendiquer des grands ancêtres :
"Il faut une grande invasion en Afrique qui ressemble à ce que faisaient les Francs, à ce que faisaient les Goths".
Fallait-il enfin rejeter dans les ténèbres de l’oubli le fait d’armes mémorable du commandant Gérard et se taire sur la prise d’Ambike, une ville qui, à vrai dire, n’avait jamais songé à se défendre :
"Les tirailleurs n’avaient ordre de tuer que les hommes, mais on ne les retint pas ; enivrés de l’odeur du sang, ils n’épargnèrent pas une femme, pas un enfant... À la fin de l’après-midi, sous l’action de la chaleur, un petit brouillard s’éleva : c’était le sang des cinq mille victimes, l’ombre de la ville, qui s’évaporait au soleil couchant".
Oui ou non, ces faits sont-ils vrais ? Et les voluptés sadiques, les innommables jouissances qui vous frisent lisent la carcasse de Loti quand il tient au bout de sa lorgnette d’officier un bon massacre d’Annamites ? Vrai ou pas vrai ? (2) Et si ces faits sont vrais, comme il n’est au pouvoir de personne de le nier, dira-t-on, pour les minimiser, que ces cadavres ne prouvent rien ?
Pour ma part, si j’ai rappelé quelques détails de ces hideuses boucheries, ce n’est point par délectation morose, c’est parce que je pense que ces têtes d’hommes, ces récoltes d’oreilles, ces maisons brûlées, ces invasions gothiques, ce sang qui fume, ces villes qui s’évaporent au tranchant du glaive, on ne s’en débarrassera pas à si bon compte. Ils prouvent que la colonisation, je le répète, déshumanise l’Homme même le plus civilisé ; que l’action coloniale, l’entreprise coloniale, la conquête coloniale, fondée sur le mépris de l’Homme indigène et justifiée par ce mépris, tend inévitablement à modifier celui qui l’entreprend ; que le colonisateur, qui, pour se donner bonne conscience, s’habitue à voir dans l’autre la bête, s’entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se transformer lui-même en bête. C’est cette action, ce choc en retour de la colonisation qu’il importait de signaler."
Michèle
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